Interview
01/décembre 2016
Auteur
Muriel ENJALRAN

Entretien avec David Schalliol

CRP/ Centre régional de la photographie Nord Pas-de-Calais
Bouchain, 2016 © David Schalliol

Entretien avec David Schalliol, lauréat du programme de résidence Resilient Images

Peux tu nous parler de ta pratique artistique et de ta relation à la photographie ?

Du fait de mon intérêt, en tant que photographe et sociologue, pour la manière dont les communautés changent, la majorité de mon travail s’est ancrée jusqu’à présent dans les villes de la Rust Belt américaine. Ces projets explorent une constellation de sujets incluant les facteurs qui ont mené à la déliquescence de Chicago, au redéveloppement inégal de Pittsburgh, ou à la crise des logements abordables à New York. J’enquête sur ces questions au moyen d’une combinaison de projets documentaires et typologiques formulés en fonction des particularités des sites et des similarités des expériences qui y sont vécues. La photographie me permet, entre autres, de voir ces endroits d’une manière inédite et de partager ensuite cette vision avec les autres.

Tu es le premier lauréat du programme Resilient Images, quel a été ton intérêt à découvrir et travailler dans et sur la Région des Hauts-de-France et avec le CRP/ ?

Si j’ai pu dresser des comparaisons internationales de ces changements communautaires à travers des projets plus réduits dans la ville sectarisée de Belfast, les quartiers d’Irlande du Nord et la région de Tohoku au Japon après la catastrophe de Fukushima, j’ai cherché un projet majeur à l’international pour étudier la manière dont un lieu était démarqué et transformé. Les Hauts-de-France et, plus spécifiquement, la zone entourant Douchy-les-Mines, forment un contexte idéal pour ce genre de projet.

Je suis particulièrement intéressé par la relation spéciale qu’entretiennent les Hauts-de-France avec leur histoire : une ancienne région minière chroniquée par Émile Zola, décimée par deux guerres mondiales, et redéfinie par les vagues d’immigrants qui en ont fait leur foyer. Dans cette zone de production et d’immigration, mon but avec le projet pour Resilient Images est de révéler les dynamiques d’un paysage physique et social, en décrivant les aspects d’une sous-culture définie par une vie menée parmi les reliefs du temps des mines, dans des maisons construites pour des travailleurs d’une industrie qui n’existe plus aujourd’hui.

En dépit des particularités des Hauts-de-France, l’histoire de la croissance et de la ruine d’une telle industrie peut clairement être mise en parallèle avec l’expérience vécue par les villes de la Rust Belt qui m’est si familière. Avec cela à l’esprit, j’éprouve également une certaine curiosité pour la manière dont chaque région se réinvente elle-même, assumant de nouveaux rôles et formes sociaux, et comment cette nouvelle organisation est intégrée dans le paysage physique et social. Comment ces conditions affecteront-elles les cinquante années de transformation à venir ?

Il existe une autre dimension à cette connexion : si ma pratique n’est pas ouvertement personnelle, mes liens familiaux profonds avec l’industrie minière des Hauts-de-France sont une inspiration importante pour mon travail dans la région. Je comprends mon intérêt artistique pour la communauté comme une excroissance de l’expérience de ma famille de fermiers immigrés aux États-Unis, et je suis par conséquent curieux de la relation entre l’expérience de ma famille élargie « chez moi » et dans la région du Nord.

Tu as déjà passé un mois en résidence dans la Région en juin dernier et tu es sur le point de revenir un mois en janvier, comment abordes tu ce second séjour et quelles sont tes attentes en terme de recherches artistiques ?

Je suis excité à l’idée de retourner dans cette région dans à peine quelques semaines. Travailler dans les alentours de Douchy-les-Mines en juin m’a donné bien plus d’idées que j’aurai le temps d’en explorer en janvier mais je creuserai quelques concepts clés.

Plus que toute autre chose, le changement de saison orientera mon expérience. Même si ma précédente visite s’est déroulée pendant un mois de juin inhabituellement frais, j’ai pu m’immerger dans le paysage verdoyant des Hauts-de-France et m’imprégner de la vie sociale des longues soirées d’été. J’ai escaladé les terrils pour réaliser des vues panoramiques de la campagne et j’ai traîné avec les habitants sur les places des villages. Revenir ici au début de l’hiver signifiera non seulement découvrir un paysage plus tranquille mais aussi comprendre comment les gens s’y inscrivent quand le soleil se couche des heures plus tôt.

Mon autre orientation majeure pour cette visite sera de passer plus de temps avec les habitants dans leurs maisons. Au cours de ce processus, j’espère construire des relations plus intimes et mieux comprendre ce que cela signifie de vivre à Douchy-les-Mines et Denain.

Interview
01/décembre 2016
Auteur
Muriel ENJALRAN